Rénovation et réhabilitation
du Centre Dramatique National Nanterre-Amandiers

Un théâtre ouvert et adaptable reconnectant la ville, le parc et la vie publique

 

La réhabilitation du Centre Dramatique National Nanterre-Amandiers prolonge l’histoire d’un lieu emblématique du théâtre contemporain français, pensé dès l’origine comme un espace ouvert à tous. À la croisée de la ville et du parc, le projet réaffirme le théâtre comme un lieu de rencontre, de création et de partage, profondément ancré dans son territoire.

L’architecture accompagne cette évolution avec une intervention sobre qui révèle et réorganise les espaces. Les volumes existants sont conservés et réorganisés autour d’un grand hall recomposé, véritable cœur du théâtre. Transparence, continuité des parcours et diversité des espaces participent à faire du bâtiment un lieu accueillant et traversant. Les Amandiers se réaffirment ainsi comme un théâtre ouvert, où la scène, la ville et la vie quotidienne se rencontrent.

 

 

L’histoire du CDN Amandiers de Nanterre est celle d’un théâtre en perpétuelle transformation, étroitement liée à l’évolution de la ville et portée par une ambition artistique et sociale forte. Située à l’ouest de Paris, Nanterre est une commune de la métropole parisienne marquée, dès les années 1960, par de profondes mutations urbaines et sociales. C’est dans ce contexte que la ville a été la première à soutenir le projet de la compagnie de Pierre Debauche, dont l’intention fondatrice a été de faire venir au théâtre « ceux qui n’y sont jamais allés ».


En 1965, la compagnie installe un chapiteau de cirque avenue Joliot-Curie, sur le site alors appelé la Côte-des-Amandiers, à l’occasion du premier festival d’art dramatique de Nanterre. Ce théâtre éphémère devient rapidement un hangar, avant que ne soit inauguré, en 1976, le bâtiment pérenne présent avant les travaux. Dès l’origine, le lieu s’affirme par un double engagement : une exigence artistique élevée associée à une conscience aiguë du rôle social du théâtre, notamment par la volonté d’ouvrir la création contemporaine à des publics qui en étaient jusque-là éloignés.
Cette ambition a durablement façonné l’architecture du bâtiment, conçue comme un outil au service de la création. Le projet articule des espaces généreux dédiés à l’accueil et à la rencontre avec le public, ouverts sur la ville, et des espaces plus en retrait consacrés à la recherche et au travail artistique. Au début des années 1980, alors directeur du théâtre, Patrice Chéreau — figure majeure du théâtre et du cinéma européen — soulignait déjà que les Amandiers constituaient un « outil de travail d’une grande rigueur ».

Jared Chulski
Jared Chulski

Un bâtiment-outil, sobre et évolutif

Le projet de réhabilitation s’inscrit dans cette filiation. Il ne s’agit ni de rupture ni de geste spectaculaire, mais d’une transformation attentive, visant à préserver l’essence du lieu tout en l’inscrivant résolument dans son époque. L’intervention accompagne l’évolution des pratiques artistiques, des usages et des attentes du public, et renouvelle le dialogue entre le théâtre, la ville et le parc.
Le parti pris architectural repose sur la création d’un bâtiment ‘’outil’’ sobre et fonctionnel, dans le respect de l’écriture d’origine. L’architecture se met en retrait pour laisser place à la scénographie. Le projet conserve les volumes existants capables d’être transformés et les rassemble, avec les volumes créés autour d’un grand hall profondément recomposé.

Jared Chulski

Un théâtre ouvert, ancré dans son territoire

Le projet élargit le périmètre d’intervention du CDN Amandiers de Nanterre afin de l’inscrire pleinement dans les espaces publics qui l’entourent et de renforcer son lien avec le territoire métropolitain. Situé à proximité immédiate de La Défense, premier quartier d’affaires d’Europe, le théâtre se découvre à l’issue d’un cheminement piéton à travers le parc départemental André Malraux. Pour gérer la différence de niveau entre le parc et le théâtre et favoriser sa perception au lointain, le projet recompose les pentes existantes, reprofile certains talus, ouvre des cônes de vues à travers la végétation, permettant une transition progressive et naturelle. Le Théâtre de verdure est ainsi valorisé et apparaît comme une continuité du parc, tandis que la végétation existante est préservée et enrichie dans le respect de l’ambition écologique et paysagère du site.

Jared Chulski
Jared Chulski

Côté ville, le théâtre renoue une relation forte à l’avenue Pablo Picasso et anticipe l’arrivée de la future station de tramway, affirmant son ancrage métropolitain. Un vaste parvis se déploie le long de la façade principale, jusqu’à l’intersection avec l’avenue Joliot-Curie. Conçu comme un espace public à part entière, il accueille une pluralité d’usages : lieu de passage et de rencontre, espace d’attente pour les spectateurs, mais aussi scène ouverte pour des événements artistiques en lien avec la programmation du théâtre. Le traitement du sol, associant surfaces minérales, mobilier urbain et espaces plantés, favorise la mixité des usages et la porosité entre la ville et le bâtiment.

À l’articulation entre le parvis et le bâtiment, le sol est creusé pour former une place basse. Une nouvelle façade vitrée, épousant le dessin de ce décaissé, descend jusqu’au niveau inférieur du théâtre. Ce dispositif met en relation directe le parvis, le hall bas et l’ancien planétarium, tout en révélant depuis l’espace public des lieux jusque-là invisibles, tels que le restaurant, la librairie et les espaces de convivialité. Il permet d’offrir des intérieurs généreux tout en conservant une volumétrie extérieure à l’échelle de la ville, et affirme l’idée centrale du projet : un théâtre qui s’ouvre et va à la rencontre du public.

Jared Chulski
Jared Chulski

L’entrée existante est maintenue sur la place haute, tandis qu’une seconde est créée en partie basse. Reliées au parvis, elles organisent les flux des visiteurs dans une mise en scène progressive de l’accès au lieu.

Par sa transparence, la continuité des parcours et la diversité des usages qu’il accueille, le CDN Amandiers de Nanterre se réaffirme comme un trait d’union entre la ville, le parc et ses habitants, pleinement inscrit dans son environnement urbain et paysager.

Jared Chulski
Jared Chulski
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Le Grand Hall : un cœur vivant entre ville et parc

Pivot du projet de réhabilitation, le Grand Hall incarne l’ouverture renouvelée du CDN Amandiers sur la ville et le parc. Bien plus qu’un espace de distribution, il devient un lieu de vie et de création, pensé comme une extension des espaces publics et comme une scène potentielle pour les artistes.

Conservant l’emprise du hall historique, le Grand Hall est profondément recomposé par un travail sur les volumes et les niveaux. Étendu vers le haut par une nouvelle toiture et vers le bas par la création de la place basse, il révèle des espaces jusqu’alors invisibles et devient un volume traversant, généreux et lisible. Accessible depuis le parvis haut comme depuis la place basse, il organise l’ensemble des flux du théâtre et double les accès aux salles, garantissant une grande fluidité des parcours.

Jared Chulski
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Les circulations sont pensées comme une promenade intérieure, offrant une diversité d’expériences spatiales : mezzanines, doubles hauteurs le long des façades vitrées, espaces plus intimes à l’approche des salles. Délibérément sobre et dépouillé, le Grand Hall est conçu comme une « salle supplémentaire », capable d’accueillir rencontres, expositions, performances ou événements, grâce à un plafond architectural intégrant des équipements scéniques.

Jared Chulski

La transparence, omniprésente, fait évoluer la perception du bâtiment au fil des heures et des saisons, rendant visible l’énergie du théâtre et soutenant sa mission de transmission et de diffusion. ​ De jour, la lumière naturelle anime les volumes et révèle les matières brutes ; de nuit, le hall s’illumine et transforme le théâtre en lanterne urbaine.


Connecté au restaurant et à la librairie installés sous le dôme du planétarium, équipé pour le confort et l’accessibilité de tous, le Grand Hall devient un espace hospitalier et vivant, actif au-delà des temps du spectacle. Il incarne pleinement l’esprit du projet : un théâtre ouvert, généreux et fédérateur, où l’architecture se met au service de la rencontre et de la création.

Jared Chulski
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La Grande Salle : un espace emblématique réinventé

Salle principale et symbole du CDN Amandiers, la Grande Salle fait l’objet d’une transformation en profondeur, pensée comme un geste fondateur du projet. L’enjeu est à la fois spatial, technique et symbolique : améliorer le confort et la visibilité, renforcer la relation entre le public et la scène, et offrir aux artistes un outil de création à la hauteur des écritures contemporaines.


Quatre entrées et sorties de plain-pied, accessibles aux personnes à mobilité réduite, sont créées depuis la Place Haute et la Place Basse. Cette nouvelle organisation des accès améliore considérablement la fluidité des parcours et l’accueil du public, notamment lors des entrées en salle et des entractes, tout en affirmant le caractère inclusif du lieu.


Le gradinage est entièrement repensé. Conservant la forme en coquille qui caractérise la salle, le nouveau dispositif repose sur les structures existantes et accueille 800 spectateurs dans des conditions de confort sensiblement améliorées. Les entraxes sont élargis, les circulations simplifiées et la courbe de visibilité ajustée à la nouvelle position du nez de scène. Un dispositif de rideaux intégrés permet de réduire la jauge à 600 places lorsque la nature des spectacles le requiert, offrant une grande souplesse d’usage sans altérer la qualité architecturale de l’espace.


La relation entre la salle et le plateau est profondément renouvelée. La cage de scène est entièrement restructurée et le mur de cadre avancé, permettant d’agrandir le plateau de deux mètres en profondeur et de lui conférer un format européen. L’ouverture du cadre est augmentée, favorisant un rapport plus direct et plus intense entre artistes et spectateurs. Un rang supplémentaire est créé au plus près du plateau, accessible de plain-pied depuis l’entrée basse, accentuant encore la proximité avec la scène. Un gril de proscénium, avancé au-dessus des premiers rangs, enrichit l’outillage scénique et les possibilités de mise en scène.


L’ensemble des équipements techniques est entièrement modernisé. Les passerelles sont réorganisées pour limiter les ruptures de charge, la régie est repositionnée en fond de salle, ouverte sur le volume scénique et connectée aux espaces existants, avec la possibilité d’accueillir une cabine de projection. La Grande Salle devient ainsi un outil de travail et de représentation de tout premier plan, à la fois performant, adaptable et fidèle à l’exigence historique des Amandiers.

Jared Chulski

La salle transformable, la petite salle

Le nouveau Théâtre propose deux espaces scéniques complémentaires, conçus pour offrir flexibilité, diversité et intensité dans l’expérience du spectateur et de l’artiste.


La salle transformable, héritière de la salle existante, bénéficie d’une restructuration intérieure de fond qui lui permet de s’adapter rapidement à une large variété de configurations et de jauges. Grâce à des gradins mobiles et des plateformes motorisées, elle peut passer rapidement d’une disposition frontale à des configurations bi-, tri- ou quadri-frontales, avec des ouvertures sur le Théâtre de verdure. Cette modularité, combinée à un accès depuis le niveau bas et intermédiaire, permet une découverte plus intime de l’espace et favorise des usages expérimentaux ou immersifs. L’organisation des coulisses et des accès conserve une grande souplesse, permettant aux artistes et au public de circuler sans contraintes.


La petite salle, entièrement neuve, complète le dispositif avec 200 places assises. Conçue pour des formes plus intimistes ou expérimentales, elle est accessible depuis les niveaux hauts et bas et bénéficie d’un gradin télescopique motorisé. La proximité des loges et des espaces techniques permet un usage fluide et efficace pour les artistes, tout en assurant un confort optimal au public.
Ces trois salles, articulées de manière rationnelle avec les loges, les espaces de travail des équipes et les circulations, forment un ensemble compact et lisible, où chaque espace est directement accessible et fonctionnel. Cette organisation facilite le fonctionnement quotidien du CDN, réduit les déplacements inutiles et favorise une interaction harmonieuse entre la création artistique et la fréquentation publique.

Jared Chulski
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Le CDN Amandiers de Nanterre accueille à nouveau artistes et publics dans un bâtiment réhabilité, fidèle à son histoire et résolument tourné vers l’avenir. Cette réhabilitation prolonge l’esprit fondateur du lieu — ouverture, générosité et engagement social — en l’inscrivant dans une architecture contemporaine, capable d’accompagner les pratiques artistiques et les usages d’aujourd’hui comme de demain.

 

Jared Chulski

Fiche d'informations

Lieu : Nanterre, France
Calendrier : 2018-2026
Disciplines : Architecture, Architecture intérieures & Paysage
Taille : 10 000m²
Client : Ville de Nanterre
Collaborateurs : ​
Architecte associé : SRA architectes
Scénographe : Kanju
Structure : Khephren Ingénierie
Enveloppe et Environnement : EGIS Concept – Elioth
Techniques et fluides : EGIS
Acousticien : Studio DAP
Economie : Sletec Ingénierie
Paysagiste : Snøhetta avec Atelier Silva Landscaping
Eclairagiste : Light-Cibles
OPC : Omega Alliance

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Camille Henry

Communication Manager, Snøhetta Paris



 

 

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À propos de Snøhetta

Depuis près de 40 ans, Snøhetta conçoit certains des projets publics et culturels les plus emblématiques au monde. Le bureau a véritablement lancé sa carrière en 1989 avec son projet lauréat pour la nouvelle Bibliothèque d’Alexandrie, en Égypte. Ont ensuite suivi, entre autres, l’Opéra national et ballet de Norvège à Oslo ainsi que le pavillon du musée mémorial national du 11 septembre au World Trade Center à New York.

Depuis sa création, l’agence a conservé son approche transdisciplinaire originelle et intègre fréquemment, au sein de ses projets, une combinaison d’architecture, d’architecture du paysage, d’architecture intérieure, de design de produit et d’art. La nature collaborative entre les différentes disciplines de Snøhetta constitue un moteur essentiel de sa pratique.
Aujourd’hui, Snøhetta bénéficie d’une présence mondiale, avec des studios répartis sur sept sites : Oslo, Paris, Innsbruck, New York, Hong Kong, Shenzhen et Melbourne.

Snøhetta travaille actuellement sur un large éventail de projets internationaux, parmi lesquels le Grand Opéra de Shanghai, la bibliothèque présidentielle Theodore Roosevelt dans le Dakota, le réaménagement de Harbourside à Sydney et La Croisette à Cannes, pour n’en citer que quelques-uns.

Parmi les réalisations récentes figurent Vertikal Nydalen à Oslo, la Bibliothèque de Pékin, la rénovation du Musée national de la Marine à Paris, Orionis — le planétarium et observatoire de Douai, Airside à Hong Kong, le Centre maritime d’Esbjerg au Danemark, 550 Madison Garden et sa revitalisation à New York, ainsi que les luminaires Volum pour Lodes.

Parmi les projets antérieurs de Snøhetta, on compte l’extension du musée d’art d’Ordrupgaard au Danemark, le centre de formation exécutive et l’hôtel de l’Université Cornell à New York, le siège du Groupe Le Monde à Paris — incluant la signalétique et le wayfinding —, le premier restaurant sous-marin d’Europe (Under), la reconfiguration de l’espace public de Times Square, l’extension du San Francisco Museum of Modern Art, Lascaux IV — Centre international de l’art pariétal, Powerhouse Brattørkaia, ainsi que le design des nouveaux billets de banque norvégiens.

La méthode de travail de Snøhetta explore simultanément l’artisanat traditionnel et les technologies numériques de pointe. Au cœur de l’ensemble de ses projets se trouve un engagement fort en faveur de la durabilité sociale et environnementale, façonnant l’environnement bâti et le design au service de l’humanisme. Chaque projet est conçu autour de concepts forts et porteurs de sens — des concepts capables de traduire l’éthique de ses usagers et de leur contexte.

Parmi de nombreuses distinctions, Snøhetta a reçu le Prix de l’Union européenne pour l’architecture contemporaine – Prix Mies van der Rohe pour l’Opéra national et ballet de Norvège, ainsi que le Prix Aga Khan d’architecture pour la Bibliotheca Alexandrina. En 2016, Snøhetta a été désigné Architecture Innovator of the Year par le Wall Street Journal Magazine, et l’agence a été nommée deux années consécutives parmi les entreprises les plus innovantes au monde par Fast Company. En 2020, Snøhetta a reçu le National Design Award for Architecture décerné par le Cooper Hewitt, Smithsonian Design Museum. En 2021 et 2022, les carreaux Forite de Snøhetta ont remporté les prix Sustainable Design of the Year (Dezeen) et Best Domestic Design (Wallpaper*), tandis que le système de signalétique du siège du Groupe Le Monde a été distingué par les Monocle Design Awards. En 2023, Snøhetta a reçu plusieurs récompenses pour le Centre maritime d’Esbjerg et a été nommé Architects of the Year aux Monocle Design Awards. En 2024, de nombreux prix ont été attribués à la Bibliothèque de Pékin, ainsi que le BIA 2024 Award à Snøhetta, et en 2025, l’agence a été distinguée par le OPAL Special Award for Sustainability, entre autres.

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